Justice
Affaire Chebeya-Bazana : des défenseurs des droits humains relancent les poursuites contre les commanditaires présumés
Affaire Chebeya-Bazana : des défenseurs des droits humains relancent les poursuites contre les commanditaires présumés
Le 20 août 2026, à Kinshasa, des défenseurs des droits humains ont obtenu un engagement crucial du ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, marquant une nouvelle étape dans l'affaire du double assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana. Cette rencontre, qui a rassemblé des figures clés comme Jean-Claude Katende, vice-président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), et Me Ngomo, avocat des familles des victimes, vise à relancer les poursuites judiciaires contre les commanditaires présumés de ce crime qui a secoué la République Démocratique du Congo en 2010.
Un engagement ministériel pour relancer la quête de justice
La société civile, représentée par des organisations de défense des droits humains, a exercé une pression constante pour que le dossier Chebeya-Bazana ne tombe pas dans l'oubli. Leur démarche a abouti à un engagement formel du ministre Samuel Mbemba. Jean-Claude Katende a souligné la satisfaction des défenseurs des droits humains face à cette promesse d'implication personnelle du ministre et du gouvernement congolais. L'objectif clair est de faire en sorte que le procès soit fixé dans les plus brefs délais, afin de faire toute la lumière sur les responsabilités non encore établies.
Cet engagement intervient après des années de lutte pour la reconnaissance des responsabilités dans ce double assassinat. Si des condamnations ont déjà été prononcées, la question des commanditaires a toujours plané sur le dossier, laissant un sentiment d'inachevé pour les familles des victimes et la communauté des droits humains. La relance des poursuites vise précisément à combler cette lacune, en s'appuyant sur les avancées judiciaires enregistrées sous l'actuel régime.
Le contexte d'un crime emblématique et des avancées inégales
L'assassinat de Floribert Chebeya, directeur exécutif de l'organisation de défense des droits humains La Voix des sans Voix (VSV), et de son chauffeur Fidèle Bazana, est survenu en juin 2010. Chebeya avait été convoqué le 1er juin 2010 à l'Inspection générale de la police à Kinshasa pour rencontrer le général John Numbi, alors responsable de la police. Son corps a été retrouvé le lendemain dans sa voiture, tandis que celui de son chauffeur n'a jamais été localisé. Ce drame a immédiatement été perçu comme un coup porté à la liberté d'expression et à la défense des droits humains en RDC.
Le volet judiciaire de l'affaire a connu des développements, notamment en mai 2022, lorsque la Haute Cour militaire a prononcé des condamnations. Christian Ngoy Kenga Kenga a été condamné à la peine capitale, et Jacques Mugabo à 12 ans de prison. Paul Mwilambwe, considéré comme un informateur clé, avait été acquitté. Cependant, ces décisions n'ont pas satisfait pleinement les attentes des familles et des organisations, qui estiment que les responsabilités des hauts gradés et des commanditaires n'ont pas été suffisamment explorées ni sanctionnées. La persistance de cette demande de justice complète a maintenu la pression sur les autorités congolaises.
La procédure : cibler les commanditaires et s'appuyer sur la réforme judiciaire
La relance des poursuites vise spécifiquement à identifier et à juger les commanditaires du double assassinat, au-delà des exécutants déjà condamnés. Les défenseurs des droits humains réclament que les investigations et les poursuites ne se limitent pas aux personnes ayant matériellement commis les faits, mais qu'elles s'étendent aux hauts responsables politiques et sécuritaires qui étaient en fonction au moment du crime. Cette démarche est essentielle pour établir une justice complète et dissuader de futurs actes similaires.
Un élément crucial dans cette relance est la réforme du Code judiciaire militaire. L'ordonnance-loi n°26/003 du 31 janvier 2026, modifiant les articles 35 et 67 du Code judiciaire militaire, permet désormais, en cas d'insuffisance de magistrats du grade requis, la désignation de magistrats de grade inférieur pour connaître des affaires impliquant des prévenus de grade supérieur. Cette réforme est perçue comme un levier potentiel pour surmonter certains obstacles procéduraux qui ont pu entraver le traitement de dossiers sensibles impliquant des personnalités militaires de haut rang. La Voix des sans Voix (VSV) s'appuie explicitement sur cette réforme pour réclamer la réouverture du procès, avec ou sans la présence du général John Numbi, présenté comme le principal suspect.
Les acteurs concernés : familles, société civile et gouvernement
Les principaux acteurs de cette relance judiciaire sont, d'une part, les familles de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, représentées par leur avocat Me Ngomo, et d'autre part, les organisations de défense des droits humains, notamment la FIDH et la VSV. Jean-Claude Katende, vice-président de la FIDH, et Rostin Manketa, secrétaire exécutif de la VSV, sont des figures de proue de cette mobilisation. Leur persévérance a été déterminante pour maintenir le dossier actif et obtenir l'attention des autorités.
Le gouvernement congolais, par l'intermédiaire du ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, s'est engagé à accompagner cette démarche. Cet engagement est perçu comme une volonté politique de faire avancer la justice et de lutter contre l'impunité, un signal important pour la crédibilité des institutions judiciaires du pays. La présence du ministre témoigne d'une reconnaissance de l'importance de ce dossier pour la consolidation de l'État de droit en RDC. La collaboration entre la société civile et les autorités gouvernementales est un facteur clé pour la réussite de cette nouvelle phase des poursuites.
Vers une justice plus complète et la lutte contre l'impunité
La relance des poursuites dans l'affaire Chebeya-Bazana marque une étape significative dans la quête de justice en RDC. Si elle aboutit, elle pourrait permettre d'identifier et de juger les commanditaires, offrant ainsi une réponse plus complète aux familles des victimes et à la société civile. L'établissement de l'ensemble des responsabilités est considéré comme une condition essentielle pour parvenir à une justice pleine et entière, et pour restaurer la confiance dans le système judiciaire.
Cet effort s'inscrit dans un contexte plus large de lutte contre l'impunité et de renforcement de l'État de droit en République démocratique du Congo. La volonté affichée du gouvernement de soutenir cette démarche, combinée aux réformes du Code judiciaire militaire, crée un environnement potentiellement plus favorable à la manifestation de la vérité. La société civile congolaise espère que cette nouvelle impulsion permettra enfin de clore dignement ce chapitre douloureux, en rendant justice à Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, symboles de la lutte pour les droits humains dans le pays. La fixation rapide du procès, telle que souhaitée par le ministre, sera un indicateur clé de la concrétisation de cet engagement à accompagner la poursuite de l’affaire devant les tribunaux. La VSV, pour sa part, réitère son exigence de voir la justice congolaise rouvrir le procès afin que tous les présumés responsables répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes.
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