Justice
Affaire Nathanael Onokomba : le jeune opposant transféré à Makala, attendu devant le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe le 22 août
Affaire Nathanael Onokomba : le jeune opposant transféré à Makala, attendu devant le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe le 22 août
Le 22 août prochain, le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe examinera le dossier de Nathanaël Onokomba, un jeune opposant dont le transfert à la prison centrale de Makala, fin juillet, a marqué un tournant dans une affaire complexe. Cette comparution devant une juridiction de droit commun intervient après plusieurs mois de détention et une procédure militaire qui a finalement abouti à un dessaisissement. Onokomba, président du mouvement citoyen « Le Congo Qui Inspire », fait face à des accusations qui ont évolué, passant de l'apologie du terrorisme à des chefs d'inculpation désormais civils, dont la nature exacte reste à préciser devant le tribunal. Ce développement soulève des questions sur la qualification des faits et les implications pour l'activisme politique en RDC.
De Ndolo à Makala : un parcours judiciaire mouvementé
L'affaire Nathanaël Onokomba a connu une série de rebondissements depuis son arrestation en décembre dernier. Initialement interpellé à l'issue d'une conférence dans la commune de Ngaliema, à Kinshasa, le jeune opposant a d'abord été détenu dans les locaux du Conseil national de Cyberdéfense (CNC). En janvier, il a été transféré à la prison militaire de Ndolo, où il a été jugé par le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe. Les accusations portaient alors sur des faits d'« apologie du terrorisme et négation des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis à l’Est de la RDC », en lien avec des propos tenus sur le réseau social X. Ces déclarations étaient censées minimiser l'existence de la guerre et les atrocités attribuées aux rebelles de l'AFC/M23, soutenus par le Rwanda, dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Cependant, la justice militaire a finalement renoncé à juger Nathanaël Onokomba à la fin du mois de juin. Cette décision a conduit à un changement de juridiction, et son dossier a été transféré de l'Auditorat militaire supérieur de Kinshasa/Gombe au parquet près le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe. C'est à la suite de ce transfert que Nathanaël Onokomba a été déplacé de Ndolo à la prison centrale de Makala fin juillet, après sept mois de détention militaire. Une source familiale a confirmé que sa comparution devant le Tribunal de Grande Instance est prévue pour le 22 août.
Contexte : activisme politique et conflit à l'Est
Le cas de Nathanaël Onokomba s'inscrit dans un contexte politique tendu en République Démocratique du Congo, marqué par la persistance des conflits armés à l'Est du pays et une surveillance accrue des discours publics, notamment ceux émanant de l'opposition. Onokomba, en tant que président du mouvement « Le Congo Qui Inspire », est une figure de la jeunesse engagée politiquement. Ses prises de position sur les réseaux sociaux, notamment sur X (anciennement Twitter), sont au cœur des accusations initiales. Le fait que ces propos aient été interprétés comme une « apologie du terrorisme » ou une « négation des crimes contre l’humanité » souligne la sensibilité des autorités face aux récits alternatifs ou critiques concernant la situation sécuritaire dans l'Est. La guerre contre le M23 et d'autres groupes armés est un sujet hautement politisé, et toute déclaration perçue comme un soutien indirect ou une minimisation de leurs actions peut entraîner de graves conséquences judiciaires.
Le passage du militaire au civil : une étape procédurale clé
Le transfert du dossier de Nathanaël Onokomba de la justice militaire à la justice civile est une étape procédurale significative. Initialement, les accusations d'« apologie du terrorisme » ont justifié la compétence des tribunaux militaires, souvent invoquée pour des infractions liées à la sécurité de l'État ou des actes de subversion. Cependant, la décision de la justice militaire de se dessaisir du dossier, suivie de son transfert au parquet près le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe, indique une requalification implicite des faits ou une reconnaissance de l'absence de certains éléments constitutifs des infractions militaires. Le mouvement « Le Congo Qui Inspire » a d'ailleurs souligné que son président avait été acquitté du chef d'accusation d'apologie du terrorisme le 26 juin 2026, ce qui a sans doute influencé ce transfert de compétence. Ce changement de juridiction signifie que l'affaire sera désormais traitée selon les règles du droit commun, offrant potentiellement un cadre juridique différent pour la défense.
Acteurs concernés : Onokomba, son mouvement et la justice
Au centre de cette affaire se trouve Nathanaël Onokomba Shako, jeune opposant originaire du district de la Tshangu. Il est le président du mouvement citoyen « Le Congo Qui Inspire », une organisation qui s'est mobilisée pour sa libération et continue de plaider pour son innocence. Le mouvement a publié un communiqué le 29 juillet, demandant la libération immédiate de son président, arguant qu'aucune raison légale ne justifie son maintien en détention après l'acquittement du chef d'apologie du terrorisme. Du côté de la justice, le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a été le premier à instruire l'affaire, avant que le dossier ne soit transféré au parquet de Grande Instance de Kinshasa/Gombe. Ce dernier est désormais en charge de la procédure et présentera les nouvelles charges devant le Tribunal de Grande Instance. Les juges de cette juridiction civile auront la tâche d'examiner les faits et de rendre une décision conforme au droit commun.
Un nouveau chapitre judiciaire et des attentes de libération
Le transfert de Nathanaël Onokomba à Makala et sa prochaine comparution devant le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe ouvrent un nouveau chapitre dans son parcours judiciaire. Pour la défense et ses soutiens, ce passage du militaire au civil représente un espoir de traitement plus équitable et une opportunité de contester les charges restantes. L'acquittement du chef d'« apologie du terrorisme » par la justice militaire est un argument majeur que le mouvement « Le Congo Qui Inspire » compte faire valoir pour obtenir la libération de son président. La juridiction de droit commun devra réévaluer les faits et déterminer si des infractions pénales subsistent et justifient le maintien en détention. L'issue de ce procès sera scrutée de près, non seulement par les proches d'Onokomba, mais aussi par les observateurs de la scène politique et des droits humains en RDC, car elle pourrait avoir des implications sur la liberté d'expression et l'activisme des jeunes opposants dans le pays.
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