Justice
Affaire Vally Amisi : près de deux mois après son arrestation à Brazzaville, où en est le dossier Mukena Mwepu Benie ?
Affaire Vally Amisi : près de deux mois après son arrestation à Brazzaville, où en est le dossier Mukena Mwepu Benie ?
Dans la nuit du 9 au 10 avril 2026, à Kinshasa, le corps sans vie de Vally Amisi, vice-président du club Nouvelle Vie Bomoko FC et entrepreneur établi en Afrique du Sud, était découvert dans la commune de la Gombe. Cet événement tragique a rapidement captivé l'attention publique et judiciaire en République démocratique du Congo. Après des semaines d'enquête, les autorités ont identifié Mukena Mwepu Benie comme le principal suspect, menant à son interpellation à Brazzaville le 2 août 2026. Près de deux mois plus tard, le 22 octobre, le ministre d'État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a précisé les contours d'une procédure complexe, régie par les impératifs de la coopération judiciaire internationale entre les deux Congo.
De la découverte du corps à l'interpellation du suspect : le rôle clé de la vidéosurveillance
L'affaire Vally Amisi a débuté par une découverte macabre. Le 10 avril 2026, le corps de l'entrepreneur était retrouvé derrière un établissement hôtelier du Beach Ngobila, dans la commune de la Gombe. Initialement, la thèse d'un enlèvement par une bande armée avait été évoquée, mais les investigations ont rapidement réorienté l'enquête. Les éléments déterminants sont venus de la vidéosurveillance. Des images ont montré Vally Amisi entrant dans une chambre en compagnie d'un individu, qui en est ressorti seul, vêtu différemment. Une autre séquence a filmé un comportement suspect à proximité du lieu où le corps a été découvert, contredisant le récit initial d'un enlèvement et orientant les enquêteurs vers l'entourage proche de la victime.
Ces indices ont conduit les autorités à lancer un avis de recherche contre Mukena Mwepu Benie, qui apparaissait sur les images de vidéosurveillance aux côtés de Vally Amisi peu avant sa mort. L'enquête a progressé, et le 2 août 2026, Mukena Mwepu Benie a été interpellé à Brazzaville, en République du Congo. Cette arrestation a été annoncée par le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, comme une avancée majeure. Une vidéo, présentée comme l'interrogatoire du suspect par la police de Brazzaville, a également circulé sur les réseaux sociaux. Dans cette séquence, l'homme déclare avoir reçu une arme et avoir eu pour mission d'amener la victime à l'appartement où « des gens étaient déjà là », ajoutant avoir agi « sur instruction » de « quelqu'un de très haut placé » et avoir peur de parler car sa famille est à Kinshasa. Il affirme également avoir tué la victime et que le corps a été pris par d'autres personnes, n'ayant pas été enterré.
La réactivation d'un accord de coopération judiciaire entre les deux Congo
L'interpellation de Mukena Mwepu Benie en République du Congo, et non en RDC, a immédiatement placé le dossier sous le régime de la coopération judiciaire internationale. Cette dimension transfrontalière impose le respect de procédures spécifiques entre les deux États. Le ministre d'État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a souligné cette nécessité lors d'un briefing de presse le 22 octobre 2026. Il a rappelé que l'interpellation de Mukena Mwepu Benie à Brazzaville impose le respect des procédures prévues en matière de coopération judiciaire internationale pour son éventuel transfèrement vers la RDC.
Face à l'urgence de cette affaire, Guillaume Ngefa avait entrepris des démarches auprès de son homologue de Brazzaville pour relancer l'application d'un accord de coopération judiciaire existant entre les deux pays. Cet accord, signé en 1978, n'avait jamais été appliqué. La relance de cet instrument juridique est donc une première et vise à renforcer la collaboration dans le traitement des affaires pénales transfrontalières. Cette démarche s'inscrit dans un contexte où la RDC a déjà sollicité des extraditions par le passé, comme celle de John Numbi auprès du Zimbabwe en décembre 2022, démontrant l'importance de ces mécanismes pour la justice congolaise.
Les enjeux de la procédure d'extradition et la valeur des déclarations du suspect
Le processus de transfèrement de Mukena Mwepu Benie de Brazzaville à Kinshasa est une procédure complexe encadrée par le droit international et les accords bilatéraux. Il ne s'agit pas d'un simple transfert, mais d'une extradition ou d'une remise, qui doit respecter la souveraineté des deux États et les droits fondamentaux du suspect. Le ministre Guillaume Ngefa a insisté sur le fait que le dossier implique plusieurs institutions judiciaires et policières des deux pays, agissant dans le cadre de leurs obligations internationales. Le communiqué du ministère de la Justice, annonçant l'arrestation, avait également rappelé que le présumé assassin bénéficie de la présomption d'innocence tant qu'aucune décision de justice définitive n'a été rendue.
Les déclarations de Mukena Mwepu Benie lors de son interrogatoire à Brazzaville, bien que relayées publiquement, ne constituent pas des preuves recevables en l'état devant la justice congolaise de Kinshasa. Elles ont été recueillies par une police étrangère et devront être reprises et validées dans le cadre de l'instruction menée en RDC. Le parquet saisi le 14 avril 2026 décidera de la valeur de ces éléments et poursuivra l'enquête pour établir les circonstances exactes des faits et identifier toutes les personnes impliquées. Cette phase d'instruction est cruciale pour éclaircir les zones d'ombre, notamment l'identité des « gens » qui, selon le suspect, attendaient déjà dans l'appartement et celle du « très haut placé » qui aurait donné les instructions.
Les acteurs institutionnels et l'attente de l'opinion publique
Plusieurs acteurs institutionnels sont au cœur de cette affaire. Côté RDC, le ministre d'État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, est la figure centrale. Il a mené les démarches diplomatiques et judiciaires pour relancer la coopération avec Brazzaville et a communiqué publiquement sur l'avancement du dossier. Le ministère de la Communication et des Médias, par l'intermédiaire de son porte-parole Patrick Muyaya, a également participé à la communication gouvernementale sur le sujet. Les polices judiciaires et les parquets des deux pays sont les chevilles ouvrières de cette coopération, échangeant informations et procédures pour permettre le bon déroulement de l'enquête et du processus de transfèrement.
La famille de Vally Amisi, ainsi que l'opinion publique congolaise, sont des parties prenantes importantes. L'affaire a suscité une vive émotion en RDC, notamment au sein des milieux sportifs et économiques, compte tenu de la notoriété de la victime. Les attentes sont fortes quant à l'élucidation complète des faits et à l'établissement des responsabilités. Le respect des droits de la défense et de la présomption d'innocence pour Mukena Mwepu Benie est également un principe fondamental que les autorités judiciaires des deux pays s'engagent à garantir.
Un précédent pour la coopération judiciaire transfrontalière entre les deux Congo
L'affaire Vally Amisi et le processus d'extradition de Mukena Mwepu Benie marquent un tournant significatif pour la coopération judiciaire entre la République démocratique du Congo et la République du Congo. La réactivation de l'accord de coopération judiciaire de 1978, qui n'avait jamais été appliqué, crée un précédent important. Elle démontre la volonté des deux États de renforcer leur collaboration face à la criminalité transfrontalière et de ne pas laisser l'impunité s'installer en raison des frontières. Cette démarche pourrait ouvrir la voie à une meilleure gestion des affaires pénales impliquant des suspects ou des preuves situés dans l'un ou l'autre pays. L'interpellation du principal suspect à Brazzaville est un signal fort envoyé aux criminels qui pourraient penser échapper à la justice en traversant les frontières.
Pour la RDC, l'aboutissement de cette procédure d'extradition serait une victoire pour l'État de droit et un message de réassurance pour les citoyens. Cela montrerait que les autorités sont capables de mobiliser les mécanismes internationaux pour faire face à des crimes graves, même lorsque les suspects cherchent refuge à l'étranger. Le calendrier de cette procédure reste toutefois dépendant des autorités congolaises de Brazzaville, seules compétentes tant que Mukena Mwepu Benie se trouve sur leur territoire. Une fois transféré à Kinshasa, le dossier sera traité par une chaîne judiciaire renouvelée par les ordonnances du 28 juillet 2026, assurant une instruction approfondie et impartiale. L'affaire Vally Amisi, par sa complexité et sa dimension internationale, est appelée à devenir un cas d'étude pour la coopération judiciaire régionale.
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