Justice
« Il m'a regardé, puis il a baissé les yeux » : le récit du face-à-face entre le frère de Vally Amisi et le suspect
« Il m'a regardé, puis il a baissé les yeux » : le récit du face-à-face entre le frère de Vally Amisi et le suspect
Pour les proches de Vally Amisi, l'entrepreneur sportif congolais retrouvé mort le 10 avril dernier à Kinshasa, l'interpellation du principal suspect, Mukena Mwepu Benie, à Brazzaville, a ouvert la voie à une confrontation inattendue. Joël Amisi, frère de la victime, a pu se trouver face à l'homme soupçonné d'être impliqué dans ce drame, un moment chargé d'une signification particulière après des mois d'attente et de quête de vérité. Ce contact visuel, bien que bref et encadré, offre un aperçu des enjeux humains qui sous-tendent la procédure judiciaire en cours, alors que le transfèrement du suspect vers la République démocratique du Congo est imminent.
L'interpellation à Brazzaville et le récit du face-à-face
Le 2 août, l'annonce de l'interpellation de Mukena Mwepu Benie à Brazzaville a marqué un tournant majeur dans l'enquête sur la mort de Vally Amisi. Le ministre congolais de la Justice, Guillaume Ngefa, a confirmé cette arrestation, fruit de la coopération judiciaire entre la RDC et la République du Congo. Dès le lendemain, Joël Amisi, le frère de la victime, s'est rendu à Brazzaville. Il a pu rencontrer le suspect le lundi 3 août, dans l'enceinte d'un commissariat. Selon son témoignage, l'homme, vêtu d'un polo noir, la barbe et les cheveux négligés, l'aurait regardé avant de baisser les yeux, évitant son regard pendant plusieurs minutes. Joël Amisi a affirmé l'avoir interpellé par son prénom, "Benny", et a ressenti une forme de reconnaissance, suggérant que le suspect aurait suivi la médiatisation de l'affaire durant sa cavale. Cette rencontre s'est déroulée en présence de l'avocat de la famille et de plusieurs policiers, non en tête-à-tête, dans un cadre sécurisé.
Le contexte de l'enquête et la piste de la vidéosurveillance
L'enquête sur la mort de Vally Amisi a connu plusieurs rebondissements depuis la découverte de son corps le 10 avril 2026 dans la commune de la Gombe, à Kinshasa. Initialement, les faits avaient été présentés comme un enlèvement. Cependant, les investigations ont rapidement écarté cette thèse pour se concentrer sur l'entourage de la victime. Des éléments de vidéosurveillance se sont avérés déterminants. Une première séquence montrerait Vally Amisi entrant dans une chambre en compagnie d'un individu, qui en ressortirait seul et avec des vêtements différents. Une seconde vidéo aurait capturé un comportement suspect à proximité du lieu où le corps a été retrouvé. Ces images ont contredit le récit initial d'un enlèvement par des hommes armés, orientant les enquêteurs vers une implication plus directe et personnelle. Le ministre de la Justice avait annoncé l'ouverture d'une information judiciaire dès le 14 avril, soulignant la gravité des faits et la détermination des autorités à élucider cette affaire qui a ému l'opinion publique, notamment dans les milieux sportifs et économiques où Vally Amisi était connu comme vice-président du club Nouvelle Vie Bomoko FC et entrepreneur.
Les mécanismes de l'arrestation et les déclarations du suspect
L'arrestation de Mukena Mwepu Benie à Brazzaville est le résultat d'une collaboration transfrontalière. Selon le récit de Joël Amisi, une femme identifiée comme "Mamu, de Mamu International", aurait été contactée par des habitantes de Brazzaville qui auraient localisé le suspect. Ces dernières, amies de la compagne hébergeant Mukena Mwepu Benie, auraient alerté la police de Brazzaville, qui aurait ensuite associé Interpol à l'opération. Après une première tentative infructueuse, la compagne du suspect aurait indiqué le lieu de sa cachette. Une vidéo, présentée comme celle de l'interrogatoire du suspect, a circulé sur les réseaux sociaux. On y entend un homme, identifié comme Mukena Mwepu Benie, déclarer avoir reçu une arme sans en connaître la marque et avoir eu pour rôle d'amener la victime "à l'appartement" où "des gens étaient déjà là". Il aurait ensuite affirmé : "Je l'ai tué. Il n'était pas enterré. Les gens sont venus et ont pris le corps." Interrogé sur d'éventuelles instructions, il aurait répondu par l'affirmative, évoquant des "personnalités haut placées" sans les nommer, par crainte pour sa famille. Ces déclarations, bien que non encore validées officiellement par la justice congolaise, éclairent la complexité de l'affaire et la multiplicité des acteurs potentiellement impliqués.
Les acteurs concernés et la coopération judiciaire
Plusieurs acteurs sont au cœur de cette affaire. D'abord, la famille de Vally Amisi, représentée par Joël Amisi, qui a activement cherché la vérité et a pu rencontrer le suspect avant son transfèrement. Ensuite, les autorités judiciaires de la République démocratique du Congo, avec le ministre de la Justice Guillaume Ngefa en première ligne, qui ont ouvert l'enquête et coordonnent les efforts pour le transfèrement. La coopération judiciaire entre la RDC et la République du Congo a été saluée comme un élément clé de cette avancée. Les services de police et Interpol à Brazzaville ont joué un rôle crucial dans la localisation et l'interpellation de Mukena Mwepu Benie. Enfin, le suspect lui-même, Mukena Mwepu Benie, qui bénéficie de la présomption d'innocence mais dont les déclarations initiales sont au centre des investigations. Le rôle de la compagne du suspect, ainsi que des "deux femmes amies" qui l'auraient reconnu, est également mentionné comme ayant été déterminant dans le processus de localisation.
Ce que ce développement change concrètement pour la suite de la procédure
L'interpellation de Mukena Mwepu Benie et son prochain transfèrement vers Kinshasa marquent une étape décisive. Premièrement, cela permet de ramener le principal suspect sur le territoire où les faits se sont produits, facilitant ainsi la poursuite de l'instruction par le parquet congolais. Les déclarations faites à Brazzaville, recueillies par une police étrangère, devront être reprises et validées devant un juge congolais à Kinshasa. Deuxièmement, la clarification du rôle du suspect et la possible identification d'autres personnes impliquées, notamment celles qui étaient "déjà là" dans l'appartement, sont désormais à la portée des enquêteurs. La question des commanditaires présumés, évoquée par le suspect, sera également au cœur des interrogatoires. Troisièmement, cette avancée apporte un soulagement certain à la famille de Vally Amisi, qui voit la promesse de retrouver les responsables se concrétiser. Le calendrier du transfèrement reste incertain, mais les autorités de Brazzaville auraient indiqué qu'il pourrait intervenir "d'ici deux jours". Une fois à Kinshasa, le dossier sera traité par une chaîne judiciaire renouvelée, suite aux ordonnances du 28 juillet, ce qui pourrait influencer la rapidité et l'efficacité de la procédure. L'enquête se poursuivra pour éclaircir les circonstances exactes de la mort de Vally Amisi et identifier toutes les personnes impliquées dans cette affaire complexe.
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