Justice
Kongo Central : surpopulation carcérale, conflits fonciers et infrastructures délabrées, Guillaume Ngefa entend transformer les constats du terrain en actions pour la Justice
Kongo Central : surpopulation carcérale, conflits fonciers et infrastructures délabrées, Guillaume Ngefa entend transformer les constats du terrain en actions pour la Justice
Dans la prison centrale de Mbanza-Ngungu, 427 personnes s'entassent dans un établissement conçu pour 150 places. Les détenus dorment à même le sol, manquent de nourriture et sont exposés à des maladies comme la tuberculose et le choléra. Cette situation, loin d'être isolée, est l'une des réalités poignantes auxquelles le ministre d'État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a été confronté lors de sa mission d'évaluation dans la province du Kongo Central. Son déplacement, entamé le 1er septembre 2026, vise à sonder les dysfonctionnements profonds de l'appareil judiciaire et pénitentiaire, avec l'ambition de transformer ces constats de terrain en réformes structurelles.
Un état des lieux alarmant : de Madimba à Mbanza-Ngungu
La mission du ministre Ngefa a débuté dans le territoire de Madimba, où il a pu échanger avec les autorités locales, les magistrats et les justiciables. Les préoccupations majeures qui en sont ressorties sont les lenteurs dans le traitement des dossiers, la prédominance des conflits fonciers, l'insuffisance des moyens de travail et la spoliation des biens de l'État. Un point central de cette première étape a été la visite de l'ancien Établissement de garde et d'éducation de l'enfant en conflit avec la loi (EGE) de Madimba, créé en 1913. Cet établissement, autrefois un centre de rééducation et de formation professionnelle doté d'ateliers de menuiserie, d'imprimerie et de mécanique, a cessé de fonctionner dans sa vocation initiale en 2003. Ses infrastructures sont aujourd'hui fortement dégradées, et une partie est occupée par une école publique. Le ministère de la Justice envisage d'y construire un établissement moderne après les études nécessaires, afin d'offrir un cadre adapté à la prise en charge et à la réinsertion des jeunes en conflit avec la loi.
La question du patrimoine immobilier de l'État a également été au cœur des discussions à Madimba. Une partie de la concession de l'ancien EGE serait occupée illégalement, et d'autres biens immobiliers de l'État seraient également menacés. Guillaume Ngefa a ainsi instruit les services compétents de vérifier la situation juridique des parcelles concernées et les conditions de délivrance des titres fonciers sur ces concessions publiques. Selon les autorités locales de Madimba, plus de 90 % des affaires judiciaires seraient liées à des conflits fonciers, une situation qui engorge les juridictions et alimente les tensions communautaires.
La deuxième étape de la mission a conduit le ministre à Mbanza-Ngungu, où la situation pénitentiaire est particulièrement critique. La prison centrale abrite 427 détenus pour une capacité théorique de 150 places. Parmi eux, 191 sont prévenus et 236 condamnés, dont sept femmes et deux mineurs. Le directeur de la prison, Trésor Malonda Nsanga, a souligné le manque criant d'espace et d'infrastructures. Les détenus dorment à même le sol faute de couchettes, les installations sanitaires sont insuffisantes et un seul repas par jour est servi. Des cas de tuberculose et de choléra ont été signalés, et le poste de santé de la prison, aux moyens limités, ne peut assurer que les premiers soins. La situation est d'autant plus précaire que l'établissement n'a plus reçu de subventions depuis cinq mois.
À Kisantu, les mêmes difficultés ont été constatées, notamment l'absence d'une prison fonctionnelle dans le ressort judiciaire. Un responsable judiciaire a décrit un parquet de grande instance en état de délabrement avancé et une maison d'arrêt sans clôture ni infirmerie, dépendante de la prison de Kasangulu pour le transfert des détenus.
Les acteurs et les enjeux d'une réforme nécessaire
Guillaume Ngefa Atondoko Andali, en tant que ministre d'État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, est l'acteur central de cette démarche. Sa mission s'inscrit dans le cadre du Programme d'actions du gouvernement (PAG 2024-2028), qui accorde une place prépondérante à la bonne administration de la justice. L'objectif est de rapprocher l'administration centrale des réalités provinciales, d'échanger directement avec les responsables judiciaires et les justiciables pour mieux cerner leurs préoccupations et identifier les leviers d'amélioration.
Les autres acteurs concernés sont les autorités locales, les magistrats, les responsables des services judiciaires et pénitentiaires, ainsi que les justiciables eux-mêmes. Leurs témoignages et leurs constats sont essentiels pour dresser un tableau fidèle des défis. La fille du dernier directeur technique de l'ancien EGE de Madimba, Cornélie Kavua, a par exemple plaidé pour la valorisation du site, rappelant son rôle historique dans l'apprentissage des métiers et la réinsertion des jeunes.
Les enjeux sont multiples et cruciaux. Il s'agit d'améliorer les conditions de détention, de désengorger les prisons, de lutter contre les lenteurs judiciaires, de sécuriser le patrimoine foncier de l'État, de moderniser les infrastructures judiciaires et de garantir un accès équitable à la justice pour tous les citoyens. Le ministre a souligné la responsabilité de l'État de fournir les moyens nécessaires aux acteurs judiciaires pour assurer leur indépendance et la bonne distribution de la justice.
Vers des complexes judiciaires modernes : une vision pour l'avenir
Face à ces constats accablants, Guillaume Ngefa a exprimé la volonté du ministère de développer le concept de « complexe judiciaire ». Cette approche novatrice vise à regrouper dans un même espace toutes les structures nécessaires au fonctionnement de la justice : tribunal, parquet, salles d'audience, bureaux, cabinets pour les magistrats, maison d'arrêt, et même des logements pour les acteurs judiciaires. L'objectif est d'améliorer les conditions de vie et de travail des magistrats affectés en dehors des grands centres urbains, et de renforcer l'efficacité de l'appareil judiciaire. Cette vision s'inscrit dans une démarche plus large de modernisation des infrastructures, des cabinets des magistrats et des salles d'audience.
Le ministre a également insisté sur l'importance de s'attaquer aux causes profondes des problèmes, notamment les conflits fonciers qui représentent une part écrasante des affaires judiciaires dans certaines régions. La vérification de la situation juridique des parcelles et la récupération des biens de l'État spoliés sont des actions clés dans cette optique. La relance d'établissements comme l'ancien EGE de Madimba est également envisagée pour lutter contre la délinquance juvénile et le phénomène « Kuluna ».
Ce que cela change concrètement pour le justiciable
La mission du ministre de la Justice dans le Kongo Central, et les actions qui en découleront, pourraient transformer significativement le quotidien des justiciables et des détenus. Pour les personnes incarcérées, l'amélioration des conditions de détention, la fourniture de repas adéquats, l'accès aux soins de santé et la réduction de la surpopulation carcérale sont des avancées fondamentales. La rencontre directe du ministre avec plusieurs détenus à Mbanza-Ngungu illustre cette volonté d'écouter et de répondre à leurs préoccupations.
Pour les citoyens confrontés à la justice, la modernisation des infrastructures judiciaires, la réduction des lenteurs dans le traitement des dossiers et la résolution des conflits fonciers devraient faciliter l'accès à une justice plus rapide et plus équitable. La mise en place de complexes judiciaires modernes pourrait également renforcer la confiance du public dans l'institution judiciaire en offrant un cadre plus digne et fonctionnel. En s'attaquant à la spoliation des biens de l'État, le ministère contribue également à la sécurisation foncière, un enjeu majeur pour la stabilité sociale et économique de la province.
En somme, la démarche de Guillaume Ngefa vise à passer d'un diagnostic accablant à une série d'actions concrètes et structurantes. Les étapes à venir de sa mission, notamment à Matadi, Boma et Muanda, permettront d'affiner cet état des lieux et de consolider les bases d'une réforme profonde et nécessaire du système judiciaire dans le Kongo Central.
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