
Justice
L'ONG AJBS appelle le ministère de la Justice à débloquer les fonds d'alimentation pour les prisonniers d'Angenga
L'ONG AJBS appelle le ministère de la Justice à débloquer les fonds d'alimentation pour les prisonniers d'Angenga
Dans les cellules surpeuplées de la prison d'Angenga, située dans la province du Sud-Ubangi, la faim est devenue une compagne quotidienne pour les détenus. Depuis plus d'une année, les fonds essentiels à leur alimentation et au fonctionnement de l'établissement pénitentiaire n'ont pas été débloqués, plongeant les personnes incarcérées dans une situation humanitaire alarmante. Face à cette urgence, l'ONG Action des jeunes pour le bien-être social (AJBS), basée à Gemena, a lancé un appel ferme et public au ministre de la Justice, l'exhortant à intervenir sans délai pour rétablir les dotations financières vitales.
Une crise alimentaire silencieuse à Angenga et au-delà
Le 2 novembre 2026, l'AJBS a brisé le silence entourant la détresse des prisonniers d'Angenga. Dans une déclaration officielle, l'organisation a révélé que non seulement la prison d'Angenga, mais aussi d'autres centres de détention dans les provinces du Sud-Ubangi et de Mongala, étaient privés de leurs fonds de fonctionnement depuis plus de douze mois. Cette situation met en péril la survie même des détenus, dont l'accès à une alimentation suffisante est un droit fondamental, même en détention.
La prison d'Angenga, bien que moins médiatisée que ses homologues de la capitale, est un maillon essentiel du système carcéral congolais. Sa localisation éloignée ne doit pas la soustraire à l'attention des autorités centrales, ni justifier une négligence qui impacte directement la dignité et la santé des personnes qui y sont incarcérées. L'appel de l'AJBS met en lumière une crise humanitaire qui, sans une intervention rapide, pourrait avoir des conséquences irréversibles.
Le contraste frappant des dotations carcérales
L'un des points les plus saillants de la dénonciation de l'AJBS réside dans la disparité de traitement entre les établissements pénitentiaires. Alors que les prisons d'Angenga, du Sud-Ubangi et de Mongala luttent pour subvenir aux besoins les plus élémentaires de leurs détenus, d'autres prisons, notamment celles de Ndolo et Makala à Kinshasa, ainsi que Luzumu au Kongo Central, perçoivent leurs dotations financières de manière régulière. Cette différence de traitement est perçue comme une injustice flagrante, remettant en question le principe d'équité et de non-discrimination dans la gestion des infrastructures carcérales nationales.
Cette situation n'est pas sans rappeler les défis plus larges auxquels est confronté le ministère de la Justice en matière de gestion budgétaire et de transparence. En juin 2026, des révélations concernant le versement de 2,6 millions de dollars au ministère de la Justice, sous l'ancienne ministre Rose Mutombo, avaient déjà soulevé des questions sur l'affectation des fonds. Ces sommes, qualifiées de « fonds de gestion du contentieux » et représentant environ 5% des fonds perçus de l'Ouganda dans le cadre du FRIVAO (Fonds de Réparation pour les Victimes des Actes d'Agression de l'Ouganda), avaient été transférées sur instruction de l'autorité de tutelle, avec l'accord de l'Inspection Générale des Finances. Bien que le coordonnateur du FRIVAO ait invoqué le principe « Qui donne ordonne », il avait concédé qu'il s'agissait de « mauvaises pratiques ».
Ces antécédents de gestion des fonds au sein du ministère de la Justice ajoutent une couche de complexité à la situation actuelle des prisons d'Angenga et des provinces du Sud-Ubangi et de Mongala. Ils soulignent la nécessité d'une transparence accrue et d'une répartition équitable des ressources pour garantir le respect des droits humains des détenus à travers tout le pays.
Les mécanismes de financement des prisons et les acteurs concernés
Le financement des prisons en RDC relève principalement du ministère de la Justice, qui est responsable de la gestion des établissements pénitentiaires et de la garantie des conditions de détention. Les fonds d'alimentation et de fonctionnement sont censés être alloués de manière régulière pour couvrir les dépenses courantes, notamment l'achat de denrées alimentaires, de médicaments, et l'entretien des infrastructures.
Dans le cas présent, l'AJBS a identifié le ministère de la Justice comme l'autorité directement responsable du déblocage des fonds. Cependant, l'organisation a également plaidé pour une intervention rapide auprès du ministre des Finances. Cela suggère que le blocage pourrait résider soit au niveau de l'ordonnancement par le ministère de la Justice, soit au niveau du décaissement effectif des fonds par le ministère des Finances. La coordination entre ces deux entités est cruciale pour assurer la fluidité des transferts financiers nécessaires au bon fonctionnement des prisons.
L'ONG AJBS, en tant qu'acteur de la société civile œuvrant pour le bien-être social et la défense des droits humains, joue un rôle de veille et d'alerte essentiel. Son action vise à interpeller les autorités et à rappeler leurs obligations légales et morales envers les populations vulnérables, dont font partie les détenus. L'organisation insiste sur le fait que l'accès à une alimentation suffisante et le respect de la dignité humaine sont des droits inaliénables qui doivent être garantis sans aucune discrimination, indépendamment du lieu de détention.
Les implications concrètes pour les détenus et le système judiciaire
Le non-déblocage des fonds d'alimentation a des conséquences directes et dramatiques pour les détenus. La malnutrition et les maladies associées deviennent monnaie courante, affaiblissant des individus déjà vulnérables. Cette situation contrevient non seulement aux normes internationales relatives aux droits des détenus, mais elle sape également les efforts visant à maintenir un semblant de réinsertion sociale. Un détenu affamé et malade ne peut être sujet à une réhabilitation efficace.
Au-delà de l'aspect humanitaire, cette crise fragilise l'ensemble du système judiciaire. L'image d'une justice qui ne parvient pas à assurer les besoins fondamentaux des personnes qu'elle détient est préjudiciable à la confiance du public et à la crédibilité des institutions. Elle soulève des questions sur la capacité de l'État à exercer pleinement ses fonctions régaliennes et à garantir l'État de droit sur l'ensemble de son territoire.
L'appel de l'AJBS est un rappel à l'ordre pour les autorités congolaises. Il met en lumière l'urgence de réformer la gestion des fonds destinés aux prisons, d'assurer une transparence totale dans leur affectation et de garantir que chaque établissement pénitentiaire reçoive les ressources nécessaires pour fonctionner dignement. La régularité du décaissement des fonds est une condition _sine qua non_ pour le respect des droits humains des détenus et pour la stabilité du système carcéral en RDC. La situation d'Angenga est un miroir de défis plus larges, nécessitant une réponse globale et coordonnée des autorités compétentes.
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