Justice
Plus de 16 000 détenus à Makala pour 1500 places, le ministre de la Justice annonce des mesures de désengorgement
Plus de 16 000 détenus à Makala pour 1500 places, le ministre de la Justice annonce des mesures de désengorgement
Pour des milliers de justiciables en République démocratique du Congo, la privation de liberté ne se limite pas à l'enfermement : elle se traduit par une promiscuité insoutenable, une dégradation sanitaire alarmante et un accès aux soins quasi inexistant. C'est le constat accablant qui prévaut à la prison centrale de Makala, à Kinshasa, où plus de 16 000 détenus s'entassent dans un établissement conçu pour en accueillir seulement 1 500. Face à cette crise humanitaire et juridique, le ministre d'État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a annoncé le 15 octobre 2026 des mesures urgentes pour désengorger cette prison emblématique et tenter d'améliorer les conditions de vie des personnes incarcérées.
Une surpopulation alarmante et ses conséquences directes
La situation à la prison centrale de Makala est critique. Le directeur de l'établissement, André Kanza wa Kanza, a révélé que la prison abritait 16 238 détenus pour une capacité initiale de 1 500 places. Ce chiffre représente un taux d'occupation de plus de 1 000 %, transformant chaque pavillon en un espace de vie insalubre et dangereux. Parmi cette population carcérale pléthorique, plus de 11 000 personnes sont en détention préventive, c'est-à-dire qu'elles attendent encore d'être jugées. Cette proportion élevée de prévenus est un indicateur majeur des lenteurs judiciaires et de la difficulté à garantir un procès équitable dans des délais raisonnables.
Lors de sa visite, accompagné du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, le ministre Guillaume Ngefa a pu constater de visu les conditions déplorables. Dans le pavillon des femmes, certaines détenues ont témoigné partager un même lit à huit. Des mères incarcérées avec leurs enfants en bas âge sont également confrontées à cette promiscuité, sans compter la dégradation générale des infrastructures et les difficultés d'accès aux soins médicaux. Le ministre a souligné que la population carcérale avait doublé en une année, passant d'environ 8 000 à plus de 16 000 détenus, sans que le budget de fonctionnement n'ait été ajusté en conséquence. Cela signifie que des milliers de personnes sont nourries avec des ressources prévues pour moins de 5 000, aggravant les pénuries alimentaires et la précarité des conditions de vie.
Le contexte d'une crise pénitentiaire nationale
La situation de Makala n'est pas un cas isolé, mais le reflet d'une crise structurelle qui touche l'ensemble du système pénitentiaire congolais. La vétusté des infrastructures, le manque d'accès aux soins, l'insuffisance alimentaire et la surpopulation carcérale sont des problèmes récurrents dans de nombreux établissements du pays. Malgré les promesses et les annonces de réformes, les défis restent immenses et interpellent les pouvoirs publics sur le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté.
Ce contexte est d'autant plus préoccupant que la détention préventive prolongée, souvent pour des infractions mineures, contribue de manière significative à l'engorgement des prisons. Des détenus ont interpellé directement le ministre, exprimant leur souffrance et sollicitant des mesures de grâce. La Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, qui privilégie l'intérêt supérieur de l'enfant, est également mise à mal par la présence d'enfants en conflit avec la loi dans ces conditions de détention, ainsi que par celle des nourrissons accompagnant leurs mères incarcérées.
Les mesures annoncées et leur portée
Face à l'urgence de la situation, le ministre Guillaume Ngefa a annoncé plusieurs mesures concrètes. L'une des principales actions consiste en l' évaluation des détenus susceptibles de bénéficier d'une remise en liberté pour des raisons humanitaires. Cette démarche, qui doit être menée par le directeur de la prison et le médecin de l'établissement, se basera sur l'état de santé des individus et des rapports médicaux établis, dans le strict respect des procédures légales. L'objectif est d'identifier les cas les plus vulnérables et de leur offrir une porte de sortie légale.
Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a d'ores et déjà procédé à des libérations symboliques. 108 détenus ont été identifiés pour une remise en liberté après examen de leur situation individuelle. Ces libérations s'ajoutent à celles de 66 détenus conditionnellement libérés la semaine précédente. Le procureur a insisté sur la nécessité pour les bénéficiaires d'adopter un comportement responsable pour éviter un retour en détention.
Le ministre a également mis l'accent sur l'accélération de l'examen des dossiers pouvant donner lieu à des mises en liberté conditionnelles, toujours dans le respect des conditions et procédures légales. Il a exprimé sa préoccupation concernant la présence de personnes souffrant de troubles mentaux en prison et a plaidé pour un encadrement adapté et l'accès à l'éducation pour les enfants en conflit avec la loi.
Les acteurs impliqués et leurs responsabilités
Plusieurs acteurs clés sont mobilisés dans cette initiative de désengorgement. Le ministre d'État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, est à la tête de cette démarche, soulignant l'engagement du gouvernement à résoudre cette crise. Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, joue un rôle crucial dans l'examen des dossiers et la validation des libérations, garantissant le respect des procédures judiciaires.
Le directeur de la prison centrale de Makala, André Kanza wa Kanza, est directement impliqué dans l'évaluation des détenus pour raisons humanitaires, en collaboration avec le personnel médical de l'établissement. Les autorités judiciaires civiles et militaires sont également associées à ces efforts, témoignant d'une approche coordonnée pour faire face à l'ampleur du problème.
L'engagement du ministre Ngefa à revenir à Makala avant la fin de l'année pour évaluer les progrès réalisés démontre une volonté de suivi et de reddition de comptes. Il a rappelé que la prison devait être un lieu d'amendement et de préparation à la réinsertion sociale, dans le respect de la dignité humaine, et non un simple lieu de relégation.
Ce que cela change concrètement pour les détenus et le système judiciaire
Ces mesures, si elles sont appliquées avec rigueur et constance, pourraient avoir un impact significatif. Pour les détenus, cela signifie un espoir concret de sortie pour ceux dont l'état de santé est préoccupant ou dont la situation judiciaire le permet. La réduction de la surpopulation, même partielle, pourrait améliorer les conditions d'hygiène, d'accès à l'eau, à l'alimentation et aux soins médicaux, qui sont actuellement désastreuses. L'attention portée aux femmes, aux mères avec enfants et aux enfants en conflit avec la loi est également un pas vers une prise en charge plus humaine et conforme aux standards internationaux.
Pour le système judiciaire, ces actions mettent en lumière la nécessité de réformes plus profondes. L'accélération de l'examen des dossiers de détention préventive est essentielle pour garantir le droit à un procès rapide et éviter les incarcérations abusives. La situation de Makala souligne l'urgence d'investissements structurels dans le secteur pénitentiaire, pour augmenter la capacité d'accueil des prisons, moderniser les infrastructures et garantir des budgets de fonctionnement adéquats. Le gouvernement de la République a la lourde responsabilité de passer de la phase des discours à celle des actions concrètes pour améliorer durablement les conditions de détention et assurer le respect des droits humains en RDC.
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