Justice
Prison de Makala : 16 238 détenus pour 1 500 places, plus de 11 000 en détention préventive, Guillaume Ngefa annonce des mesures de désengorgement
Prison de Makala : 16 238 détenus pour 1 500 places, plus de 11 000 en détention préventive, Guillaume Ngefa annonce des mesures de désengorgement
La prison centrale de Makala, à Kinshasa, est-elle devenue un symbole des défis structurels qui minent le système pénitentiaire congolais? La question se pose avec acuité au regard des chiffres alarmants révélés lors de la visite du ministre d'État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, le jeudi 15 octobre 2026. Accompagné du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, le ministre a constaté une surpopulation carcérale sidérante : 16 238 détenus pour une capacité initiale de 1 500 places. Une situation qui interpelle sur l'effectivité des droits fondamentaux des personnes privées de liberté en RDC et qui a poussé les autorités à annoncer des actions immédiates.
Un constat accablant : la surpopulation hors de contrôle
La visite conjointe de Guillaume Ngefa et Firmin Mvonde au Centre pénitentiaire de rééducation de Kinshasa (CPRK), communément appelé prison centrale de Makala, a mis en lumière une réalité des plus préoccupantes. L'établissement, conçu pour accueillir 1 500 personnes, abrite aujourd'hui plus de 16 000 détenus, soit une population carcérale dépassant de plus de dix fois sa capacité nominale. Selon André Kanza wa Kanza, directeur de la prison, parmi les 16 238 détenus, on dénombre 299 femmes et 229 enfants en conflit avec la loi. Plus alarmant encore, plus de 11 000 personnes sont en détention préventive, ce qui soulève de sérieuses questions sur les délais de traitement des dossiers judiciaires et l'efficacité de la chaîne pénale.
Le ministre Ngefa a souligné que la population carcérale avait pratiquement doublé en une seule année, passant d'environ 8 000 à plus de 16 000 détenus, sans que le budget de fonctionnement n'ait été ajusté en conséquence. Cette disparité budgétaire signifie que l'établissement doit nourrir 16 000 personnes avec des ressources prévues pour moins de 5 000, exacerbant les difficultés liées à l'alimentation, aux soins médicaux et à l'hygiène. Les pavillons visités par la délégation ont révélé une forte promiscuité, des infrastructures dégradées et un accès insuffisant aux soins, des conditions qui ont poussé les détenus à lancer des appels à la clémence et à des mesures de grâce.
Le contexte d'une crise systémique
La situation observée à Makala n'est pas un cas isolé, mais le reflet d'une crise plus large qui affecte l'ensemble du système pénitentiaire congolais. La vétusté des infrastructures, les difficultés d'accès aux soins médicaux, l'insuffisance de l'alimentation et la surpopulation carcérale sont des maux persistants qui fragilisent les établissements pénitentiaires à travers le pays. Malgré de nombreuses promesses et des mesures annoncées par le passé, le secteur n'a pas bénéficié des investissements structurels nécessaires pour inverser la tendance.
Cette crise est d'autant plus complexe qu'elle est alimentée par plusieurs facteurs interdépendants. La lenteur des procédures judiciaires, le recours excessif à la détention préventive et le manque de mécanismes alternatifs à l'incarcération contribuent à l'engorgement des prisons. Le système judiciaire, déjà sous-financé et confronté à des défis logistiques, peine à traiter efficacement les dossiers, prolongeant indûment la détention de milliers de personnes qui n'ont pas encore été jugées. Cette situation a des conséquences dramatiques sur la dignité humaine et les droits fondamentaux des détenus, qui se retrouvent dans des conditions de vie inhumaines.
Les mesures annoncées : entre urgence et respect de la loi
Face à l'urgence de la situation, le ministre d'État Guillaume Ngefa a annoncé des mesures concrètes visant le désengorgement de la prison de Makala. L'une des priorités est d'accélérer l'examen des dossiers susceptibles de donner lieu à des mises en liberté, notamment conditionnelles, dans le strict respect des conditions et des procédures légales. Cette démarche vise à réduire le nombre de détenus en attente de jugement ou ceux dont la peine est déjà purgée.
Dans cette optique, le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a procédé à des libérations symboliques de 108 détenus après l'examen de leurs situations individuelles. Ces libérations s'ajoutent aux 66 libérations conditionnelles accordées la semaine précédente par le ministre d'État à des personnes remplissant les critères légaux. Guillaume Ngefa a également insisté sur la nécessité d'évaluer les détenus susceptibles de bénéficier de libérations pour des raisons humanitaires, notamment ceux dont l'état de santé est précaire, sur la base de rapports médicaux établis par le directeur de la prison et le médecin de l'établissement.
Au-delà des libérations, des mesures sont envisagées pour améliorer la prise en charge des catégories de détenus les plus vulnérables. Le ministre a souligné l'importance de protéger les femmes incarcérées avec leurs enfants en bas âge, ainsi que les personnes souffrant de troubles mentaux, dont la prise en charge médicale est une préoccupation majeure. Il a rappelé que l'intérêt supérieur de l'enfant doit être privilégié, conformément à la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, plaidant pour un encadrement adapté et l'accès à l'éducation pour les enfants en conflit avec la loi.
Les acteurs concernés et leurs responsabilités
La crise de Makala met en lumière la responsabilité partagée de plusieurs acteurs du système judiciaire et gouvernemental. Le ministère de la Justice et garde des Sceaux, sous la direction de Guillaume Ngefa, est en première ligne pour initier et coordonner les réformes nécessaires. Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, joue un rôle crucial dans l'accélération du traitement des dossiers et la régularisation des situations de détention. Les autorités judiciaires civiles et militaires, qui ont accompagné la délégation, sont également appelées à intensifier leurs efforts pour garantir le respect des procédures légales et des délais de jugement.
Le directeur de la prison, André Kanza wa Kanza, et son équipe sont confrontés à des défis quotidiens dans la gestion d'un établissement largement surpeuplé et sous-financé. Ils sont désormais chargés de mettre en œuvre les recommandations du ministre, notamment l'évaluation des détenus pour des libérations humanitaires et l'amélioration des conditions sanitaires. Au-delà de ces acteurs directs, l'État congolais dans son ensemble a la lourde responsabilité de mobiliser les moyens nécessaires pour inverser la tendance, en passant de la phase des discours à celle des actions concrètes en faveur du relèvement et du redressement de ce secteur essentiel de la vie nationale.
Ce que cela change concrètement
Les mesures annoncées par Guillaume Ngefa et Firmin Mvonde, si elles sont mises en œuvre avec rigueur et humanité, pourraient apporter un soulagement significatif à la prison de Makala et, par extension, à d'autres établissements pénitentiaires du pays. Le désengorgement de la prison permettrait d'améliorer les conditions de vie des détenus restants, en réduisant la promiscuité et en facilitant l'accès aux services essentiels comme l'alimentation et les soins médicaux. La régularisation des situations de détention préventive excessive contribuerait à restaurer la confiance dans le système judiciaire et à garantir le respect des droits fondamentaux.
Cependant, l'efficacité de ces mesures dépendra de leur caractère durable et de la volonté politique de s'attaquer aux causes profondes de la surpopulation carcérale. Le ministre Ngefa s'est engagé à revenir à Makala avant la fin de l'année pour évaluer les progrès réalisés, soulignant l'obligation de créer des conditions acceptables pour les personnes privées de liberté. Il a rappelé que la prison doit demeurer un lieu d'amendement et de préparation à la réinsertion sociale, dans le respect de la dignité humaine. L'enjeu est donc de transformer ces annonces en actions concrètes et de garantir que les réformes structurelles nécessaires soient enfin engagées pour un système pénitentiaire plus juste et plus humain en RDC.
La situation de Makala est un rappel brutal de l'urgence d'investir dans la justice et les droits humains. Les recommandations du ministre d'État, axées sur le désengorgement, l'amélioration de la prise en charge sanitaire et la protection des personnes vulnérables, constituent une feuille de route essentielle. Reste à savoir si ces mesures ponctuelles pourront enclencher une dynamique de changement profond et durable pour l'ensemble du système carcéral congolais.
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