Justice
RDC : « Ce n'est pas un procès, c'est un règlement de comptes », Patrick Mbeko revient sur le procès de Joseph Kabila et le rôle américain
RDC : « Ce n'est pas un procès, c'est un règlement de comptes », Patrick Mbeko revient sur le procès de Joseph Kabila et le rôle américain
Pour les justiciables congolais, l'issue d'un procès est censée incarner l'application impartiale de la loi. Pourtant, lorsqu'il s'agit de figures politiques de premier plan, la perception de cette impartialité peut être ébranlée. Le cas de l'ancien président Joseph Kabila, dont le procès a abouti à une condamnation à mort et à des poursuites contre son entourage, suscite de vives réactions et interpelle sur les motivations réelles d'une telle démarche. L'analyste Patrick Mbeko, intervenant lors d'un Space live, a offert une lecture critique de ces événements, les qualifiant moins de procédure judiciaire que de "règlement de comptes" politique, avec une implication déterminante des États-Unis.
Un procès contesté, entre justice et politique
Le jeudi 8 août 2026, l'analyste Patrick Mbeko a pris la parole lors d'un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala pour décrypter le procès de l'ancien président Joseph Kabila. Sa conclusion est sans appel : la procédure ayant conduit à la condamnation à mort de Kabila et aux poursuites contre ses proches relève davantage d'un "règlement de comptes" que d'une véritable démarche judiciaire. Cette analyse, loin d'être isolée, fait écho à un sentiment de méfiance croissant quant à l'impartialité de la justice dans les affaires politiques sensibles en République Démocratique du Congo.
Mbeko a d'abord abordé la question des accusations de connivence entre Joseph Kabila et le Rwanda. Il a catégoriquement rejeté l'idée d'une démarche purement judiciaire, la qualifiant de "légère" et ne répondant pas aux standards d'une justice équitable. Sur le plan politique, il a rappelé que l'actuel président, Félix Tshisekedi, avait dès l'époque de la coalition FCC-CACH, exprimé son intention de "déboulonner" ses prédécesseurs. Cette intention, un temps tempérée, aurait été réactivée après la rupture avec le Front Commun pour le Congo (FCC), plaçant le procès de Kabila dans cette continuité politique. Pour Mbeko, cette procédure est davantage motivée par des considérations politiques que par une quête de vérité judiciaire, s'inscrivant dans une volonté de solder les comptes avec l'ancien régime.
Les liens présumés avec le M23 et le manque de preuves
L'une des accusations majeures portées contre Joseph Kabila concerne ses liens présumés avec le mouvement rebelle M23. Patrick Mbeko a souligné une incohérence fondamentale dans cette allégation : l'ancien président n'était plus au pouvoir lorsque la rébellion a resurgi sur le terrain militaire. Il a également mis en lumière la fragilité du rapport du Groupe d'experts des Nations unies sur cette question. Selon Mbeko, ce rapport, loin d'être affirmatif, se base principalement sur des témoignages de cadres du FCC repliés à Goma, connus pour leur hostilité envers le pouvoir de Kinshasa, sans établir de manière définitive que Kabila serait le "patron" du M23.
L'analyste a concédé l'existence de discussions autour d'un rôle potentiel de "frein" que Kabila aurait pu exercer sur le M23, mais sans trancher lui-même sur la réalité de ce rôle. Il a insisté sur le fait que si des preuves concrètes existaient, elles devraient émaner des institutions congolaises elles-mêmes, notamment la justice et les services de renseignement militaire. Or, aucune preuve de ce type n'aurait été fournie au cours du procès. Malgré cela, Mbeko a reconnu que Kabila ne cachait pas son engagement dans une logique de confrontation avec le pouvoir en place, ayant lui-même affirmé vouloir le "chasser" ou le mettre "hors d'état de nuire", que ce soit par la voie militaire ou démocratique.
L'ombre de Washington derrière la chute de Kabila
Au-delà des dynamiques internes congolaises, Patrick Mbeko a mis en lumière un acteur externe déterminant : les États-Unis. Contrairement à la perception populaire selon laquelle Félix Tshisekedi se serait émancipé seul de son ancien mentor, Mbeko a affirmé que Washington a déployé des moyens conséquents pour neutraliser Joseph Kabila. Il a évoqué l'intervention d'agents de la CIA à Kinshasa, qui auraient menacé des proches de l'ancien président. Selon cette analyse, le basculement du FCC, observé en 2020-2021, n'aurait pas été une manœuvre spontanée initiée depuis le Palais de la Nation, mais aurait été coordonné depuis l'ambassade américaine.
Mbeko a établi un parallèle historique avec la chute du maréchal Mobutu, rappelant que des officiers de l'armée zaïroise auraient été "retournés" par la CIA à l'époque. Il a cité l'exemple du général Nzimbi, qui aurait été personnellement menacé par l'ambassadeur américain alors qu'il envisageait de résister à l'avancée des troupes de l'AFDL sur Kinshasa. Sur les sanctions américaines récentes visant Kabila, Mbeko a proposé une interprétation inversée de celle généralement admise. Loin de constituer une preuve de sa culpabilité, ces sanctions témoigneraient plutôt d'une anticipation de Washington face à un possible retour de Kabila sur la scène politique, un scénario que les États-Unis chercheraient précisément à dissuader.
Un rapport de force toujours ouvert et des implications régionales
En conclusion, Patrick Mbeko a estimé que le procès intenté contre l'entourage de Kabila s'inscrit dans un "règlement de comptes" toujours en cours. L'ancien président, selon lui, reste engagé dans une logique de renversement du rapport de force, tant sur le plan politique que militaire. Il lui reconnaît un avantage sur le président Tshisekedi : la confiance de la majorité des chefs d'État de la région. Cette affirmation suggère que les enjeux de ce procès dépassent les frontières de la RDC et s'inscrivent dans des dynamiques géopolitiques régionales complexes.
Pour les professionnels du droit et les observateurs avertis, cette analyse de Patrick Mbeko met en lumière la complexité des affaires judiciaires impliquant des personnalités politiques de premier plan en RDC. Elle soulève des questions fondamentales sur l'indépendance de la justice, l'influence des puissances étrangères et la nature même du pouvoir dans un pays aux prises avec des tensions politiques et sécuritaires persistantes. Le récit de Mbeko, avec ses détails factuels et ses parallèles historiques, offre une perspective enrichissante pour comprendre les motivations profondes derrière des événements qui, à première vue, pourraient sembler purement juridiques.
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