Justice
RDC-Justice: « Il ne doit y avoir ni sanctuaire ni impunité pour les auteurs et responsables de crimes graves commis sur le territoire congolais » (Guillaume Ngefa)
RDC-Justice: « Il ne doit y avoir ni sanctuaire ni impunité pour les auteurs et responsables de crimes graves commis sur le territoire congolais » (Guillaume Ngefa)
Dans les locaux du ministère de la Communication et Médias à Kinshasa, le vendredi 21 août 2026, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a pris la parole. Devant un parterre de journalistes et d'étudiants, il a présenté les actions marquantes de sa première année à la tête de ce portefeuille stratégique, tout en esquissant les défis persistants et les perspectives pour l'avenir. Cet exercice de redevabilité, s'inscrivant dans le cadre du « Panel de redevabilité » organisé à l'occasion de l'an 1 du gouvernement Suminwa II, a été l'occasion pour le Garde des Sceaux de réaffirmer la ligne dure de son ministère face à l'impunité et à la corruption.
Une Justice en quête de crédibilité
Guillaume Ngefa a d'emblée reconnu les dysfonctionnements qui minent encore le système judiciaire congolais. « Notre Justice souffre encore d’un certain nombre de dysfonctionnements qui nécessitent des réformes structurantes. La Justice d’un pays doit être revêtue du sceau de la crédibilité », a-t-il déclaré. Cette prise de conscience est le point de départ d'une série d'initiatives visant à restaurer la confiance des citoyens. Parmi les mesures phares déjà engagées, le ministre a cité la mise en place du Tribunal pénal économique et financier, un projet de loi contre la corruption, et une réforme de la justice militaire. La modernisation de l’Inspection générale des services judiciaires et pénitentiaires figure également au programme, tout comme l'opérationnalisation de la profession notariale et la transformation numérique du secteur à travers le programme « Justice 2.0 ».
La lutte contre la corruption, les spoliations et l'impunité constitue le cœur des priorités affichées. Le ministère a instauré un dispositif permanent de suivi des injonctions, tout en veillant à respecter l'indépendance de la Justice. Des procès publics concernant plusieurs dossiers liés au phénomène « Folio » sont annoncés, marquant une volonté de transparence et de réponse judiciaire face à la criminalité économique. Cette démarche s'inscrit dans un contexte où, dès septembre 2025, le ministre avait déjà déclaré une guerre ouverte contre la corruption au sein de l'appareil judiciaire, soulignant que cette lutte concernait l'ensemble de la chaîne, des magistrats aux greffiers et avocats.
La diplomatie judiciaire et la lutte contre les crimes graves
Un volet essentiel de la stratégie du ministère concerne la diplomatie judiciaire, perçue comme un outil crucial pour la défense des intérêts de la RDC et la lutte contre l'impunité. Guillaume Ngefa a mis en avant la démarche engagée par Kinshasa contre Kigali devant la Cour internationale de Justice (CIJ) le 26 juin 2026, ainsi que le renforcement de la coopération avec la Cour pénale internationale (CPI). Cette approche vise à garantir que les auteurs de crimes graves commis sur le territoire congolais, qu'ils soient nationaux ou étrangers, répondent de leurs actes. Le ministre a martelé qu'« il ne doit y avoir ni sanctuaire ni impunité pour les auteurs et responsables de crimes graves commis sur le territoire congolais », une déclaration forte qui réaffirme la détermination de l'État à poursuivre les responsables, y compris les supérieurs hiérarchiques ou les commandants militaires dont la responsabilité serait établie.
Cette position est d'autant plus pertinente dans le contexte du conflit persistant dans l'Est de la RDC, où l'activisme de l'AFC/M23 et d'autres groupes armés a engendré de nombreuses violations des droits humains. Le ministre a insisté sur la nécessité d'enquêter sur des événements tragiques tels que le massacre de Kishishe, affirmant que l'État devait faire preuve de courage pour poursuivre tous les crimes, sans exception. Cette volonté de ne laisser aucune frontière servir de refuge aux auteurs présumés de crimes graves est un pilier de la politique judiciaire actuelle.
Réduction du désert judiciaire et conditions carcérales
Au-delà de la lutte contre l'impunité et la corruption, le ministère s'attelle à réduire le « désert judiciaire » en améliorant l'accès à la Justice sur l'ensemble du territoire. Après des réalisations à Lubumbashi, Demba et Kinshasa/Kalamu, la construction de six nouveaux complexes judiciaires est prévue. Cette politique vise à rapprocher les juridictions des populations et à renforcer la couverture judiciaire du pays, une nécessité dans un pays de plus de 100 millions d'habitants.
Les établissements pénitentiaires font également l'objet d'une attention particulière. Le ministre a reconnu les difficultés liées à la surpopulation carcérale, aux conditions d’alimentation, à l’accès aux soins médicaux et à l’hygiène. Des mesures ont été prises pour alléger la pression sur les prisons, notamment les libérations conditionnelles, les transferts de détenus, les opérations de désengorgement et les travaux de réhabilitation. « La privation de liberté ne doit jamais devenir une privation de dignité », a rappelé Guillaume Ngefa, soulignant l'importance du respect des droits fondamentaux des détenus.
Les défis du financement et les perspectives d'avenir
Malgré les progrès, le ministre a déploré le niveau insuffisant des ressources allouées au secteur judiciaire. Une enveloppe d'environ 50 millions de dollars américains pour un pays de cette taille ne permet pas de répondre efficacement à l'ensemble des besoins. Il a lancé un appel à une augmentation des financements et, surtout, à la mise en place d'un financement régulier, durable et prévisible pour soutenir les réformes engagées.
Cette première année a permis de poser les bases et de lancer de nombreux chantiers. La deuxième année du mandat de Guillaume Ngefa sera placée sous le signe de « l’accélération, de la consolidation et de la traduction des réformes en résultats concrets ». L'objectif ultime est de parvenir à une Justice plus crédible, accessible et efficace, capable de protéger les citoyens, de lutter contre l'impunité et de restaurer durablement la confiance dans les institutions de l'État. Le ministre, qui a succédé à Constant Mutamba, s'inscrit pleinement dans le programme du gouvernement Suminwa II, qui place la justice au cœur du développement de la RDC, notamment dans le contexte de la guerre dans l'Est et des crises sécuritaires, économiques et sociales qui nécessitent des réponses urgentes.
L'engagement du ministre Guillaume Ngefa, expert en droits de l'homme, est clair : faire de la justice un pilier de l'État de droit en RDC, en s'attaquant de front à l'impunité et à la corruption, et en garantissant l'accès à une justice équitable pour tous les citoyens. Sa détermination à renforcer les mécanismes judiciaires nationaux et internationaux pour que les responsables répondent de leurs actes marque une étape importante dans la refondation du système judiciaire congolais.
Aussi de LEGALI