Justice
Spoliation des biens de l’Etat : le Gouvernement transmet 62 dossiers suspects à la justice
Spoliation des biens de l’Etat : le Gouvernement transmet 62 dossiers suspects à la justice
La spoliation des biens de l'État, un phénomène persistant en République Démocratique du Congo, représente un défi majeur pour la gouvernance et la sécurité juridique. Face à l'ampleur de ces agissements, le gouvernement congolais a décidé de passer à l'offensive. Le 24 août 2026, un communiqué émanant du cabinet du ministre de la Justice a officialisé la transmission de 62 dossiers suspects à la justice, marquant ainsi une étape décisive dans la lutte contre ce fléau. Ces dossiers concernent des parcelles et des immeubles publics et privés, frauduleusement vendus ou cédés, et mettent en lumière l'existence d'un réseau organisé de falsificateurs.
Une offensive judiciaire contre le réseau "Folioman"
Le ministère de la Justice et Garde des Sceaux, sous l'impulsion de Guillaume Ngefa, a saisi le Procureur général près la Cour de cassation. L'objectif est clair : engager des poursuites contre les auteurs présumés de cette spoliation foncière et immobilière. Les 62 dossiers transmis constituent un premier lot, ciblant des cas de vente ou de cession frauduleuse de biens appartenant à l'État, mais aussi à des particuliers. Des enquêtes menées par le ministère de la Justice ont permis d'identifier un réseau présumé, surnommé « Folioman ».
Ce réseau serait dirigé par un certain Kipasa Kitakya et impliquerait une diversité d'acteurs, allant des avocats aux huissiers, en passant par des greffiers et des cadres des Affaires foncières et du Cadastre. Leur modus operandi consisterait en la fabrication de faux titres de propriété et l'escroquerie, touchant aussi bien les propriétés publiques que privées. La gravité de la situation est telle que certains propriétaires légitimes ignoreraient même que leurs biens ont été spoliés ou vendus à leur insu. Cette action judiciaire fait suite à une injonction initiale adressée en octobre 2025 à l'Auditeur général des FARDC, soulignant une volonté politique de longue date de récupérer le patrimoine public spolié.
Le contexte d'une lutte renforcée contre la fraude foncière
La décision de transmettre ces dossiers à la justice s'inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la lutte contre la spoliation foncière en RDC. Le phénomène est ancien et profondément enraciné, minant la confiance des citoyens et des investisseurs dans le système foncier. La prolifération de faux titres de propriété et la complicité de certains agents de l'administration ont longtemps rendu difficile la sécurisation des droits de propriété.
Le gouvernement a mis en place un cadre permanent de concertation entre les ministères de la Justice, de l'Urbanisme et de l'Habitat, et des Affaires foncières. Cet organe est appuyé par l'Agence nationale de protection du patrimoine immobilier de l'État (AN-PPIE). L'objectif est de renforcer la coordination des actions, de sécuriser les titres et documents fonciers et cadastraux, et d'assurer un traitement diligent des cas signalés. Cette démarche intervient après la promulgation d'une nouvelle loi sur le secteur foncier, visant à remettre de l'ordre dans un domaine où la loi du plus fort a souvent prévalu.
La procédure judiciaire et les acteurs impliqués
La transmission des 62 dossiers au Procureur général près la Cour de cassation marque le début d'une procédure judiciaire formelle. Le parquet est désormais chargé de traiter ces affaires avec célérité, d'établir les faits, d'identifier les responsabilités et, le cas échéant, de déférer les présumés auteurs devant leur juge naturel. L'objectif est de garantir que les coupables subissent la rigueur de la loi et que les biens spoliés soient restitués à leurs propriétaires légitimes.
Les acteurs concernés par cette action sont multiples. Outre les membres présumés du réseau « Folioman », incluant des officiers ministériels comme des avocats et des huissiers, ainsi que des fonctionnaires des Affaires foncières et du Cadastre, la justice elle-même est au centre de cette initiative. La capacité des institutions judiciaires à traiter ces dossiers de manière impartiale et efficace sera déterminante pour le succès de cette campagne. Le ministère de la Justice a d'ailleurs réaffirmé sa détermination à protéger le droit de propriété et à garantir la sécurité juridique et judiciaire des droits établis.
Les enjeux concrets de cette action gouvernementale
Cette initiative gouvernementale vise à produire plusieurs effets concrets. Premièrement, elle envoie un signal fort aux spoliateurs : l'impunité ne sera plus tolérée. En ciblant un réseau organisé et en engageant des poursuites judiciaires, le gouvernement espère dissuader d'autres acteurs de se livrer à de telles pratiques. Deuxièmement, elle vise à récupérer les biens spoliés et à les restituer à leurs propriétaires légitimes, qu'il s'agisse de l'État ou de particuliers. La restitution effective de ces biens serait une victoire significative pour la justice et la restauration de la confiance publique.
Troisièmement, cette action pourrait contribuer à assainir le secteur foncier et immobilier en RDC. En identifiant et en sanctionnant les complicités au sein de l'administration et des professions juridiques, le gouvernement espère renforcer l'intégrité des processus d'acquisition et de gestion des titres fonciers. Enfin, cette démarche est cruciale pour la sécurité juridique et l'attractivité du pays. Un environnement où les droits de propriété sont protégés et respectés est essentiel pour stimuler l'investissement et le développement économique. Les prochaines semaines et mois seront déterminants pour évaluer si cette volonté politique se traduira par des condamnations et par la restitution effective des biens spoliés, transformant ainsi la théorie en une réalité tangible pour les victimes de la spoliation.
Vers une sécurisation durable du patrimoine public et privé
La transmission de ces 62 dossiers n'est qu'un début. Le ministère de la Justice a précisé que d'autres investigations se poursuivent, révélant l'existence d'un réseau de spoliation encore plus étendu à travers le pays. Cette ampleur suggère que la lutte contre la spoliation foncière nécessitera une action continue et systémique. La collaboration entre les différentes institutions gouvernementales et judiciaires sera essentielle pour démanteler ces réseaux et garantir une application rigoureuse de la loi.
Au-delà des poursuites individuelles, la sécurisation durable du patrimoine public et privé passe par une réforme en profondeur des mécanismes de gestion foncière. Cela inclut la numérisation des registres, la transparence des procédures et le renforcement des capacités des agents de l'administration. L'objectif ultime est de créer un système foncier fiable, où chaque citoyen peut avoir confiance dans la validité de ses titres de propriété. C'est un engagement à long terme qui, s'il est mené à bien, pourrait transformer le paysage foncier congolais et restaurer la légitimité des droits fonciers pour tous.
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