Justice
Surpopulation carcérale : le ministre Samuel Mbemba Kabuya évoque un « problème mondial »
Surpopulation carcérale : le ministre Samuel Mbemba Kabuya évoque un « problème mondial »
Pour les justiciables congolais, l'incarcération rime trop souvent avec des conditions de vie dégradées, où la surpopulation, la malnutrition et l'absence de soins médicaux constituent une réalité quotidienne. Cette situation alarmante a été récemment mise en lumière par le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, qui, lors d'un Space live le 8 août 2026, a reconnu l'ampleur du problème tout en le replaçant dans un contexte plus large, celui d'un défi « mondial ».
Un constat alarmant et une tentative de contextualisation
Interrogé sur les conditions de détention dans les prisons de la République Démocratique du Congo, le ministre Samuel Mbemba Kabuya a d'abord cherché à relativiser la spécificité congolaise du problème. Il a souligné que la surpopulation carcérale n'était pas un phénomène isolé à la RDC, mais bien une problématique rencontrée à l'échelle planétaire. Pour illustrer son propos, il a cité l'exemple de la Belgique, qui aurait envisagé de louer des places de détention aux Pays-Bas pour faire face à ses propres difficultés d'engorgement carcéral. Cette mise en perspective, si elle ne minimise pas la gravité de la situation locale, vise à inscrire la démarche du gouvernement dans une approche globale de résolution.
Les prisons congolaises, notamment des établissements comme Makala, Ndolo ou Kasapa, sont régulièrement pointées du doigt pour leur vétusté et le nombre de détenus qu'elles abritent, bien au-delà de leurs capacités nominales. Ce surpeuplement entraîne inévitablement des carences en matière d'hygiène, de santé et d'alimentation, créant un environnement propice à la propagation des maladies et à une dégradation générale de la dignité humaine. Le ministre a reconnu l'existence de ces défis, tout en insistant sur les efforts déployés par son ministère et le gouvernement pour y apporter des solutions durables.
L'état des lieux et les réformes en cours
Face à ces constats, le ministre Mbemba Kabuya a révélé qu'un état des lieux national des établissements pénitentiaires avait été réalisé. Ce travail, mené en septembre 2024 alors qu'il occupait la fonction de vice-ministre de la Justice, avait été commandité par le président de la République après une tentative d'évasion à la prison centrale de Makala. Ce rapport, dont l'existence est confirmée mais la publication encore en suspens, sert de base aux actions actuelles du gouvernement. Le ministre s'est d'ailleurs engagé à discuter de sa publication avec le ministre d'État, garde des Sceaux.
L'une des mesures phares évoquées est la construction de nouveaux établissements pénitentiaires. Ces infrastructures sont conçues pour accueillir à la fois les condamnés et les détenus préventifs, dans l'objectif de désengorger les prisons existantes et d'améliorer les conditions de détention. Cette initiative s'inscrit dans une dynamique plus large de réformes, où l'on retrouve également une réflexion sur les réformes constitutionnelles jugées indispensables pour consolider la paix en RDC, selon les déclarations antérieures de Samuel Mbemba.
Le drame des décès en détention et la question des détentions préventives
La question des décès en détention, souvent liés à l'absence de soins ou de nourriture, a également été abordée. Si le ministre a d'abord nuancé la portée de ces décès en rappelant que la mort survient aussi en dehors du milieu carcéral, il a ensuite reconnu la complexité de la situation. Il a affirmé que le gouvernement autorise systématiquement le transfert des détenus malades vers des lieux de soins dès qu'un signalement est effectué, mais a aussitôt modéré son propos par un « Pas toujours, monsieur. Pas toujours. » Cette franchise souligne les limites et les défis pratiques auxquels les autorités sont confrontées.
Le ministre a admis l'existence de cas où des détenus atteints de pathologies incompatibles avec les conditions carcérales ne sont pas signalés à temps, ce qui peut malheureusement entraîner leur décès. Bien qu'il n'ait pas pu fournir de chiffres précis sur le nombre de décès depuis sa prise de fonction, il a réitéré que l'essentiel des efforts est concentré sur la prise en charge des malades, d'abord en interne, puis par transfert vers des centres de soins si nécessaire. Cette problématique est d'autant plus sensible que la question des détentions préventives prolongées sans jugement a déjà été condamnée par Samuel Mbemba, soulignant un dysfonctionnement systémique de la chaîne pénale.
Les acteurs et les enjeux concrets
Les principaux acteurs concernés par cette situation sont multiples. Au premier chef, le ministère des Droits humains, dirigé par Samuel Mbemba Kabuya, qui a la responsabilité de veiller au respect des droits fondamentaux des détenus. Le ministère de la Justice, en charge de l'administration pénitentiaire, est également au cœur de la problématique. Enfin, les institutions judiciaires, par leur gestion des détentions préventives et la célérité des procès, jouent un rôle crucial dans la réduction de la surpopulation.
Pour les détenus et leurs familles, ce qui est en jeu, c'est la dignité, la santé et, in fine, la vie. La surpopulation carcérale n'est pas seulement une question de chiffres ; elle se traduit par des souffrances humaines concrètes, des maladies évitables et une justice ralentie. La construction de nouvelles prisons, si elle apporte une solution structurelle, doit s'accompagner d'une amélioration des pratiques de gestion et d'une accélération des procédures judiciaires pour avoir un impact significatif.
Ce que cela change concrètement
L'intervention du ministre Samuel Mbemba Kabuya, bien que nuancée, marque une reconnaissance officielle de l'ampleur du problème de la surpopulation carcérale. Le fait qu'un état des lieux ait été réalisé et que des projets de construction de nouvelles prisons soient en cours témoigne d'une volonté politique d'agir. Cependant, la route est encore longue. La publication du rapport national sur les établissements pénitentiaires serait une étape importante pour la transparence et permettrait d'évaluer plus précisément l'ampleur du défi.
À terme, l'objectif est de garantir des conditions de détention conformes aux standards internationaux et de réduire le nombre de décès en prison. Cela passe non seulement par des infrastructures adéquates, mais aussi par une meilleure coordination entre les différents acteurs de la chaîne pénale, une formation accrue du personnel pénitentiaire et une sensibilisation continue à l'importance du respect des droits humains, même en détention. La reconnaissance de ce « problème mondial » par le ministre est un premier pas, mais l'efficacité des solutions dépendra de leur mise en œuvre rigoureuse et de la capacité du gouvernement à transformer les engagements en actions concrètes et mesurables.
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